Auteur : IERH – Octobre 2025
Introduction
Comme pour la plus part des pays dans le monde, la filière des viandes rouges en Algérie constitue un pilier du secteur agroalimentaire et un facteur clé. Elle relie des dimensions économiques, culturelles et alimentaires profondes, impliquant des millions de citoyens à travers les activités d’élevage, d’abattage, de transformation et de distribution. Son poids dans l’économie nationale, son importance culturelle et l’évolution des modes de consommation en font un sujet central dans la stratégie de souveraineté alimentaire du pays.
1. Contribution économique au secteur agricole
La filière des viandes rouges représente environ 17 % du produit intérieur brut (PIB) agricole national[1]. Elle constitue une source majeure de revenus dans les zones rurales, mobilisant plus de 1,2 million d’éleveurs et d’acteurs directs et indirects (transporteurs, commerçants, vétérinaires). Selon le ministère de l’Agriculture, elle génère un chiffre d’affaires annuel estimé à 480 milliards de dinars[2]. La production de viande rouge contribue également à réduire la dépendance alimentaire du pays en assurant une part importante des apports protéiques d’origine animale. Le développement de cette filière est aussi stratégique pour la balance commerciale, puisque chaque tonne de viande produite localement équivaut à une économie de devises considérable.
2. Importance sociale et culturelle
La viande rouge occupe une place centrale dans la culture et l’identité culinaire algérienne[3]. Elle symbolise la convivialité, la générosité et la fête, notamment lors des événements familiaux et religieux comme l’Aïd al-Adha ou les mariages. Dans les zones rurales, l’élevage du bétail représente non seulement une activité économique mais aussi un patrimoine social transmis entre générations.
3. Tendances de consommation et évolution des habitudes alimentaires
Les habitudes alimentaires des Algériens ont évolué sous l’effet de la démographie, de l’urbanisation et de l’évolution du pouvoir d’achat[4]. La consommation moyenne de viande rouge est estimée entre 18 et 22 kg par habitant et par an[5], dont environ 11 kg de viande bovine. En 2023, la consommation totale de viande (rouge et blanche) atteignait 22,7 kg/habitant[6]. Les ménages urbains privilégient désormais les produits transformés et les viandes découpées, tandis que les zones rurales conservent une consommation traditionnelle basée sur les abattages familiaux. L’essor du marché halal certifié, la recherche de qualité sanitaire et la montée des préoccupations liées à la traçabilité modifient aussi la structure du marché. Les jeunes générations tendent à consommer moins de viande rouge au profit de viandes blanches ou de protéines végétales, en raison du coût, des régimes alimentaires modernes et des campagnes de santé publique.
4. Production, cheptel et consommation nationale
En 2021, la production nationale de viandes rouges a atteint environ 537 000 tonnes[7]. Le cheptel total s’élevait à plus de 38 millions de têtes, dont 81 % d’ovins et 4,5 % de bovins[8]. Malgré ce volume, la production nationale demeure insuffisante face à la demande croissante, et la productivité reste faible en raison du coût élevé de l’alimentation animale et du manque d’encadrement technique.
5. Organisation et infrastructures de la filière
La filière est marquée par une fragmentation des acteurs et un manque de coordination interprofessionnelle. L’entreprise publique ALVIAR (Algérienne des Viandes Rouges) joue un rôle central dans la régulation du marché et dans la gestion des importations, mais les structures interprofessionnelles restent faibles[9]. Le pays compte plus d’une centaine d’abattoirs publics et privés, dont une partie ne répond pas aux normes sanitaires et technologiques contemporaines[10].
6. Défis structurels et conjoncturels
La production locale ne couvre qu’environ 80 % de la demande nationale[11]. Cette insuffisance provoque des tensions sur les prix et favorise les importations. Le prix du kilo de bœuf est passé de 600 à plus de 1000 DA entre 2001 et 2016[12], et a parfois atteint 1 600 DA durant le Ramadan 2024[13]. Le poids du secteur informel, estimé à plus de 40 % des échanges de bétail et de viande, constitue un frein majeur à la régulation économique et sanitaire[14].
7. Importations et partenariats internationaux
Pour contenir les prix et assurer l’approvisionnement, l’État algérien autorise régulièrement l’importation de viandes bovines et ovines fraîches ou congelées. En décembre 2023, le gouvernement a levé le Droit Additionnel Provisoire de Sauvegarde (DAPS) sur la viande bovine[15]. Les importations proviennent principalement du Brésil, de l’Espagne et de la France, et sont encadrées par des accords avec des fournisseurs agréés. L’Algérie cherche également à diversifier ses sources d’approvisionnement, en négociant des partenariats techniques et commerciaux avec de nouveaux pays producteurs[16].
Notes de bas de page
[1] ONS (2021). Rapport sur la production agricole nationale.
[2] MADR (2022). Statistiques économiques du secteur agroalimentaire.
[3] Sadoud, A. & Hocquette, J.-F. (2022). La filière viande bovine en Algérie. Viandes et Produits Carnés, Vol. 38.
[4] ONS (2023). Tendances de la consommation alimentaire en Algérie
[5] El Moudjahid (2023). Viandes rouge et blanche : un besoin d’importation estimé à près de 890 000 tonnes.
[6] Horizons DZ (2024). Marché de la viande : consommation et prix moyens observés
[7] MADR (2022). Statistiques agricoles nationales
[8] Ecotimes DZ (2022). Production animale : les chiffres de l’ONS pour 2021
[9] ALVIAR (2024). Rapport annuel d’activités et d’importation
[10] El Watan (2024). Production de viande rouge en Algérie : l’État appelé à moderniser les abattoirs.
[11] ONS (2023). Rapport annuel sur l’équilibre offre-demande en produits agricoles
[12] Sadoud & Hocquette (2022). Données sur l’évolution des prix de la viande bovine en Algérie.
[13] Team France Export (2024). Décision gouvernementale relative au DAPS sur les produits carnés
[14] El Watan (2024). Le poids du secteur informel dans la filière viande rouge
[15] Team France Export (2024). Décision gouvernementale relative au DAPS sur les produits carnés
[16] Ministère du Commerce (2024). Accords d’importation et partenariats bilatéraux en cours
